Dam
Dam
Si les trois premiers épisodes se déploient entre caste, déplacement et mouvement, le quatrième, BARRAGE, s’élève dans le grand imaginaire hydraulique de l’État indien. Il demande ce qu’il advient lorsque des espérances émancipatrices sont coulées dans le béton, les canaux, les galeries, les réservoirs et les dossiers techniques. Plutôt que d’adopter une posture anti-barrage simple et immédiatement confortable, le film choisit un affrontement plus difficile. Il prend au sérieux la promesse historique portée par les barrages : irrigation, stockage, sécurité alimentaire, électricité, planification, transformation nationale. Il écoute les ingénieurs, les planificateurs et les bâtisseurs institutionnels non comme des caricatures, mais comme des acteurs sérieux, formés dans une certaine idée de la nation. Face à eux, il place les déplacés, les organisateurs et les habitants qui rappellent qu’une maison n’est pas une réhabilitation, qu’une compensation n’est pas une justice, et que les “affectés par barrage” ont fini par constituer une catégorie sociale produite par l’État lui-même. De Gosikhurd à Pong, Bhakra, Tehri et jusqu’aux crises infrastructurelles himalayennes, la série montre alors le barrage non comme un simple objet technique, mais comme une condensation de l’Inde moderne elle-même : rêve développementaliste, machine bureaucratique, pari climatique, champ de bataille juridique et test moral.
